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Au sein du projet LOCI de l'ANR

Après avoir participé au projet A.N.R. blanc “Prélude”, de novembre 2006 à novembre 2009, je participe actuellement au projet A.N.R. "LOCI". dont le but est d'explorer et de modéliser l’interaction dans les langages naturels ; pour cela le cadre formel pour l’étude de l’interaction à partir de la logique mathématique utilisé est celui de la "Ludique", théorie mise au point par Jean-Yves Girard (DR à l'Institut de Mathématiques à Luminy).

photo Pourquoi la Ludique
A notre époque de réseaux interconnectés s’étendant au niveau planétaire, nous avons besoin, plus que jamais, de faire reposer nos algorithmes et nos échanges sur une notion claire d’interaction. L’unité d’échange semble aujourd’hui reposer plus sur l’interaction minimale que sur l’information proprement dite. L’information est un contenu déjà là, alors que l’interaction contribue à créer un tel contenu. Cette évidence actuelle nous aide de plus à jeter un regard rétrospectif sur le passé : les langues, parlées ou signées, ne sont-elles pas elles aussi le produit d’interactions, comme l’a souligné en particulier le cogniticien Steven Pinker? Les structures élémentaires de l’interaction ne sont-elles pas codées dans le langage humain ? Nous cherchons, dans ce projet, à développer des outils provenant de la logique mathématique pour formaliser cet aspect fondamental de la communication.
Jusqu’ici, la logique a été utilisée pour vérifier la cohérence des discours. Elle s’est développée sous l’hégémonie du couple « vrai – faux », et a servi de base à l’élaboration de la sémantique formelle, au sens de Montague, entreprise souvent couronnée de succès, mais sujette à des limitations intrinsèques. Lorsque nous parlons, nous ne visons, en fait, que très peu à fournir des compte-rendus ou des descriptions. Dans les actes de langage, nous créons ou modifions une réalité, celle de nos relations institutionnelles, de nos systèmes de droits et d’obligations. En argumentant, nous effectuons des mouvements comme dans un jeu. La description des actions accomplies dans le langage devient donc un enjeu et jusqu’à récemment, aucune théorie logique ne permettait d’en avoir une vision formelle claire. Le développement de cadres de pensée basées sur la notion de jeu, comme la ludique, de J-Y. Girard, remplit cette lacune. Le cadre « ludique » a de plus cet intérêt, à nos yeux fondamental, de permettre d’étudier les phénomènes à partir de leur plus bas niveau. On fait souvent comme si nos expressions échangées étaient des « types », comme si sous l’apparente identité de forme se cachait toujours une identité de contenu.

photo Ludique et langue des signes
D’un point de vue plus applicatif, le projet vise à expérimenter le cadre formel suggéré par les travaux en ludique en le mettant à l’épreuve de plusieurs terrains d’observations, notamment l’apprentissage d’une langue des signes et la structure des données sur le web. On reconnaît de plus en plus le rôle moteur de l’interaction dans l’apprentissage, qui dépasse en efficacité celui du seul exemple. Les langues des signes ont ceci de particulier qu’au-delà de leurs différences tangibles, elles se rapprochent par leur statut iconique et le rôle créatif joué par le mime, permettant assez facilement de faire dialoguer deux locuteurs d’origines distinctes. L’étude concrète de leurs interactions peut alors donner lieu à l’instanciation d’un modèle largement inspiré de la ludique. On peut faire l’hypothèse que deux personnes en dialogue projettent l’une vers l’autre un schème d’action, qu’on peut caractériser comme « stratégie » (ou « dessein »), en modifiant chacune son propre schème jusqu’à ce qu’elles obtiennent une convergence. Le signe sur lequel on s’entend est alors un compromis réutilisable.

photo Ludique et Actes de langages
Je travaille en collaboration avec Samuel Tronçon. Les résultats que nous avons obtenus ont mis en avant l'utilisation des concepts de la ludique pour représenter les actes de langage (cf publications). Nous cherchons à étendre cette formalisation à d'autres types d'actes dans le domaine social. Les actes de langage sont en premier lieu dialogiques : ils consistent dans des interactions entre desseins (c'est-à-dire aussi stratégies) des locuteurs. Mais alors que des approches en termes de jeux déjà existantes verraient les choses en termes de gains à espérer , l'approche ludique met l'emphase sur la structure même du jeu (sa "géométrie"). Ainsi un jeu peut être vu comme un phénomène de polarité entre d'un côté un ensemble de desseins G dont dispose un participant et de l'autre un autre ensemble de desseins, ~G qu'on peut présumer "duaux" des premiers. Nous avons montré comment des actions particulières peuvent s'expliquer en fonction des continuations attendues des desseins en développement, ce qui permet d'éviter la notion d'intention. De plus, nous travaillons en colllaboration avec un partenaire privé (« Resurgences » association loi 1901) qui nous permet de conduire des expérimentations en milieu social (enregistrements de dialogues, d’interactions dans un milieu de travail et/ou de formation).